lundi 31 mars 2014

Le continent perdu de Mu

L’article de ce soir rejoint celui de la semaine dernière sur les cartes des paysages imaginaires d’Umberto Eco mais à la différence que celui-ci est tellement utopique qu’il est difficile de trouver une carte convenable… 


Carte de Mu dechurchwood Une carte de Mu selon churchwood


Mu est un continent englouti mythique (puisque disparu) qui trônait fièrement au milieu de l’océan pacifique et qui est parfois confondu avec la Lémurie ou avec Thulé, la mythique patrie des Hyperboréens.


Il était l’hôte d’une civilisation avancée qui auraient répandu sa technologie avancée dans le monde entier en influençant  directement les  sciences chinoises et les cultures américaines indigènes. Ce peuple serait donc notamment à l’origine des nombreuses pyramides disséminées dans le monde (Égypte, Mexique, Chine..), des statues de l’île de Pâques ou encore de la troublante pyramide sous marine de Yonaguni. Cette “terre d’origine” aurait été détruite par des tremblements de terre successifs et des éruptions volcaniques (ou la colère des dieux) et l’Océanie, Hawaï et l’île de Pâques en serait des vestiges…


La première mention de Mu est à mettre au crédit du missionnaire français Charles Étienne Brasseur de Bourbourg (1814-1874) qui affirme avoir réussi à traduire le Codex Tro-Cortesianus (écrits Maya) en 1869 où est fait mention d’un ancien continent nommé Mu (traduction qui est aujourd’hui reconnue comme purement fantaisiste).


Codex Trocortesianus Le codex Trocortesianus


Les croyances contemporaines autour de Mu ont également été largement popularisées dans la première moitié du 20ème siècle par James Churchward dans ses livres « Les enfants de Mu ” (1931), « Le continent perdu de Mu ” (1933) et « Les symboles sacrés de Mu ‘ (1935).  Ce dernier y affirme que des tablettes dénichées en Indes et au Mexique, puis traduites par un vieux prêtre, dernier représentant de la secte Naacale, héritière des connaissances muennes. Ces tablettes lui auraient fourni la preuve que Mu est la source de toute civilisation (avant même l’Atlantide)!


Tablettes Naacales Les tablettes Naacales


A quoi ressemblait Mu? Selon Churchward, Mu était un Jardin d’Eden peuplé de 64 millions de Naacals. Cette civilisation aurait atteint son apogée en 50.000 AVJC avec une technologie plus sophistiquée que la nôtre et des colonies sur les restes desquelles seraient bâties les anciennes civilisations indienne, babylonnienne, égyptienne, perse et maya.


Aujourd’hui l’idée de Mu ne conserve quasiment aucune valeur scientifique sérieuse et se cantonne à la sphère des croyances New Age. Dans les années 1930 cependant, Atatürk promu la recherche sur Mu dans l’espoir d’établir des connexions entre la Turquie et les (autres) cultures anciennes, y compris les cultures amérindiennes que Maya et Aztèque.


Mu reste également un sujet populaire dans la littérature, la bande dessinée, la télévision. Le mythe de Mu apparaît par exemple dans diverses œuvres de H.P. Lovecraft notamment autour de Cthulhu qui “rêve et attends” dans la cité engloutie de R’lyeh (située dans les ruines de Mu?).


Autre référence: le symbole de la plume dans un cercle qui figure sur la pochette du quatrième album de Robert plante est une référence directe à la civilisation de Mu.


 


D’autres infos, plus précises mais aussi un peu moins objectives ici



Le continent perdu de Mu

Article publié sur le blog du site web de Pacha cartographie

mardi 25 mars 2014

Les cartes alimentaires de Henry Hargeaves

Dans sa série “food maps” l’artiste et photographe Henry Hargeaves, ici en collaboration avec la styliste culinaire Caitlin Levin (sympa comme boulot), nous fais voyager de pays en pays et de continents en continents à travers leurs aliments emblématiques.


Ces cartes, assemblées à la main et construites avec de vrais aliments, sont particulièrement esthétiques mais ne représentent généralement qu’une “idée” très globale des habitudes alimentaires du pays (on reconnaît tout de même quelques fromages en France, bien qu’ils ne soient pas disposés en fonction de leur provenance. Mais où est la fourme de Montbrison?).


Le projet présenté par ses auteurs:


Découvrir les saveurs des pays que vous visitez constitue souvent un excellent moyen d’appréhender la complexité culturelle locale. Pour cette série, nous avons choisi des produits emblématiques des pays et continents et nous les avons transformées en cartes.


Nous avons voulu montrer 2 choses : D’abord la façon dont la nourriture a pu voyager jusqu’à devenir emblématique d’un pays qui n’était pas le sien au départ.  Nous savons par exemple que les tomates sont originaires de la Cordillère des Andes en Amérique du Sud mais aujourd’hui, le pays de la tomate, c’est l’Italie. Elle fait partie intégrante de son identité culturelle.


Et puis, nous avons aussi choisi également des produits emblématiques: le pain et le fromage pour la France par exemple, le citron vert pour le Brésil, etc..


Bref, ces cartes sont une représentation ludique de notre interprétation de la nourriture du monde entier, soigneusement créées avec de vrais aliments. Ce projet témoigne de l’universalité  de la nourriture, de la façon dont elle unit les gens. Elle nous rassemble et est toujours un bon sujet de conversation, quel que soit l’endroit où l’on se trouve. Nous espérons que ces cartes constitueront aussi un bon sujet de discussion.


D’autres cartes dans la même veine:


 


Carte alimentaire Nouvelle Zélande La Nouvelle Zélande


Carte alimentaire France La France


Carte alimentaire India L’Inde


 


Carte alimentaire Africa L’Afrique


Carte alimentaire Amérique Latine L’Amérique Latine


Carte alimentaire Australie L’Australie


Carte alimentaire Chine La Chine


Carte alimentaire Grande Bretagne La Grande Bretagne


Carte alimentaire Japan Le Japon


Carte alimentaire USA Les USA


Carte alimentaire Italie L’Italie


 


Ce petit article est certainement en grande partie conditionné par l’heure du repas qui approche (et l’envie de fromage qui va généralement avec).


Si vous voulez découvrir les autres projets de Henry Hargeaves c’est ici ou ceux de Caitlin Levin c’est par .


 



Les cartes alimentaires de Henry Hargeaves

Article publié sur le blog du site web de Pacha cartographie

lundi 17 mars 2014

Les cartes de pays imaginaires - Voyage dans les contrées de l'utopie

«Souvent, l’objet du désir, où le désir se transforme en espoir, devient plus réel que la réalité elle-même.”


Célèbre romancier italien, mais aussi philosophe, essayiste, critique littéraire, Umberto Eco a longtemps été fasciné par le symbolique et le métaphorique, qu’on retrouve par exemple dans ses livres pour enfants (les trois cosmonautes, la bombe du général,…).


Il revisite aujourd’hui ces allégories qui lui sont chères dans “Le Livre des terres légendaires”; un voyage illustré dans les plus grands lieux imaginaires de l’histoire, peuplés d’habitants fantaisistes et coutumes étranges, qui prennent place dans des lieux aussi différents que la mythique Atlantide ou le petit appartement de Sherlock Holmes. On peut également y découvrir le royaume de la Reine de Saba, celui du prêtre Jean, des îles de Gulliver, l’Eldorado et le Pays de Cocagne,…


Avec ce guide de l’imagination humaine, Eco tente de nous éclairer sur les raisons pour lesquelles ces utopies et dystopies (1) raisonnent en nous si puissamment et durablement. Ces visions du monde nous révèlent alors des éléments de notre relation avec la réalité et la manière dont nous cherchons continuellement à donner du sens au monde et y trouver notre place (définitions qui conviennent très bien au concept de la carte, objets de création de sens, de repères, que l’on applique à notre monde, au temps, aux émotions (2)).


Eco écrit dans l’introduction :


“Terres et lieux mythiques sont de différents types et ont seulement une caractéristique en commun: s’ils dépendent de légendes anciennes dont les origines se perdent dans la nuit des temps ou si elles sont l’effet d’une invention moderne, ils ont créé des flux de croyance.


La réalité de ces illusions est le sujet de ce livre”.


Cette belle balade dans la géographie des mythologies s’accompagne d’illustrations aussi remarquables que parfois déconcertantes. Een voici quelques unes:


Carte monde Abbaye de Saint Sever La carte du monde de l’Abbaye de Saint Sever, du “Beatus de Saint Sever” (1086), Paris, Bibliothèque nationale de France.


 


Carte TO Bartholomaeus Angelicus Carte en TO(3) de Bartholomaeus Angelicus, “Le livre des propriétés des choses” (1392).


Tobias Swinden Tobias Swinden, “An Enquiry into the Nature and Place of Hell’ (1714), Londres, Taylor.


Table de Peutinger Partie de la table de Peutinger (12ème siècle) (Tabula Peutingeriana ou Peutingeriana Tabula Itineraria), appelée aussi carte des étapes de Castorius, qui est une copie du 13ème siècle d’une ancienne carte romaine où figurent les routes et les villes principales de l’Empire romain qui constituaient le cursus publicus.


Plan de Palmanova Plan de Palmanova, de Franz Hogenberg et Georg Braun, ‘Civitates orbis terrarum’ (1572–1616), Nuremberg.


Eco considère l’attrait des utopies comme un manifestation de notre besoin de croire:


Souvent l’objet d’un désir, où le désir se transforme en espoir, devient plus réel que la réalité elle-même. Sur un espoir en un avenir possible, de nombreuses personnes sont prêtes à faire des sacrifices énormes, et peut-être même mourir, dirigés par des prophètes, des visionnaires, des prédicateurs charismatiques qui font miroiter à leurs fidèles des visions d’un futur paradis sur Terre (ou encore un peu plus loin…).


Jain Cosmological Map Anonyme, ‘Jain Cosmological Map’ (c. 1890), gouache sur toile, Bibliothèque du Congrès


Carte du monde d'Homère Carte du monde d’Homère, composée et dessinée par M.O. Mac Carthy.


Hartmann Schedel Carte du monde d’Hartmann Schedel, Nuremberg (1493),


l'Ile d'Utopia Carte grave sur bois, représentant l’Ile d’Utopia sur la couverture de la première éditionde l’Utopie de Thomas More (1516).


Il y a cependant une part de ténèbres inévitable aux utopies: la supposition du bonheur parfait peut devenir elle-même une forme lourde de l’oppression. Eco écrit:


“Nous ne voudrions pas toujours vivre dans ces sociétés utopiques car elles ressemblent souvent à des dictatures qui imposent le bonheur de leurs citoyens au prix de leur liberté. Par exemple, l’Utopie de Thomas More prêche la liberté de parole et de pensée ainsi que la tolérance religieuse, mais les limite aux croyants et en exclut les athées, exclus de la vie publique. Les déplacement sans laisser passer délivré par le magistrat suprême peuvent être sévèrement punis et même déboucher (si récidive) à une condamnation à l’esclavage. “En outre, les utopies ont la caractéristique commune d’être quelque peu répétitives, car en visant une société parfaite, on finit toujours par faire une copie du même modèle.”


20 000 lieux sous les mers Illustration pour le roman “20 000 lieux sous les mers” de Jules Verne (1869-1870).


l'Island d'Abraham Ortelius Carte de l’Island d’Abraham Ortelius (16ème siècle).


Cet ouvrage qui traque les rêves, les fantasmes et les cauchemars des hommes, tout en construisant une fascinante anthologie de la perception de ces autres mondes, est magnifique à tout point de vue. Il constitue avec le Codex Seraphinianus, la plus belle encyclopédie des choses imaginaires de l’histoire, et une étude de cas de la cartographie comme signalétique de l’âme.


 


 


(1): également appelée contre-utopie, récit de fiction peignant une société imaginaire organisée de telle façon qu’elle empêche ses membres d’atteindre le bonheur. Une dystopie peut également être considérée comme une utopie qui vire au cauchemar et conduit donc à une contre-utopie.


(2): Ce dernier concept de carte émotionnelle est plus rare mais très intéressant. Je vais essayer de faire un article là-dessus rapidement.


(3): Une carte en T, ou carte en TO (TO pour Terrarum Orbis), était une représentation du monde connue au Moyen Âge. Sur la carte TO, tournée vers l’Orient, les trois continents connus formant l’écoumène, l’Asie, l’Europe et l’Afrique sont placés de part et d’autre de barres verticale et horizontale, formant un T.


Les citations d’Eco sont ici traduites de l’ouvrage anglais et peuvent parfois différer de la traduction française officielle.


De nombreux aspects de l’analyse de texte sont tirés de l’article de Maria Popova sur Brain Picking.


 



Les cartes de pays imaginaires - Voyage dans les contrées de l'utopie

Article publié sur le blog du site web de Pacha cartographie

mercredi 12 mars 2014

Une cartographie de Ganymède

Ganymède, la plus grande lune de notre système solaire, est cartographiée pour la première fois depuis sa découverte par Galilée il y a 400 ans (en 1610).


Cette carte géologique de cette lune de Jupiter (qui est plus grande que la planète Mercure: 5262 km de diamètre contre 4879), a été créée à partir d’observations des sondes jumelles de la NASA Voyager et Galileo orbiteur. Elle souligne l’incroyable variété de caractéristiques géologiques de Ganymède et nous éclaire sur le chaos apparent de sa surface. Les observations au cours des siècles montrent la présence de larges et sombres cratères ainsi que des régions plus jeunes marquée par de nombreuses gorges et crêtes. En fait trois grandes périodes géologiques ont façonnées les paysages de Ganymède: la première était dominée par les impacts et la formation de cratère, la seconde par une intense activité tectonique et la dernière par une forte réduction de l’activité.


D’après Robert Pappalardo, du laboratoire de la NASA à Pasadena, “l’objectif de cette carte publiée par l’US Geological Survey est d’aider les scientifiques planétaires à déchiffrer l’évolution de ce monde glacé et sera d’une grande aide pour les futures missions d’observation spatiales”.


Cette carte très détaillée a également permis de confirmer un certain nombre d’hypothèses scientifiques remarquables en ce qui concerne l’histoire géologique de ce monde mais aussi d’en infirmer certaines. Par exemple, les images les plus détaillées ont montrées que le cryovolcanisme (au lieu de lave, ces volcans éjectent des éléments volatils comme de l’eau, de l’ammoniac ou du méthane) était très rare sur Ganymède.


Elle pourrait aussi aider les scientifiques dans leur quête d’une vie extraterrestre… En effet, selon le directeur de l’USGS Astrogeology Science Center, après Mars l’intérieur des satellites glacés de Jupiter sont considérés comme les meilleurs candidats pour les environnements abritant la vie dans notre système solaire”.


La vidéo d’animation de la carte :

vendredi 28 février 2014

La Pangée

Ou quand on pouvait piquer une tête dans l’océan entre la Suisse et l’Italie…


Les supercontinents sont, pour les paléogéographes, des masses continentales qui regroupaient nos continents actuels. Le premier d’entre eux était la Columbia qui s’est formé et divisé entre -1,8 et -1,5 milliard d’années. La suivante fut La Rodinia qui s’est fragmenté il y a 750 millions d’années. Ce morcellement s’est regroupé au paléozoïque (entre -550 et -250 millions d’années) pour former la Pangée qui se divisa également ensuite pour former la Laurasia au nord et le Gondwana au sud. Aujourd’hui, en attendant le prochain regroupement qui devrait apparaître dans quelques 250 millions d’années (et former la “Pangée Ultime” avec le rapprochement de l’Afrique, de l’Eurasie et des Amériques), l’Eurasie ou les Amériques peuvent être qualifiés de supercontinent.


Cette carte de l’italien Massimo Pietrobon est intéressante et nous montre que des pays qui sont aujourd’hui très éloignés les uns des autres ont auparavant eu une frontière terrestre commune (on imagine les problèmes géopolitiques que cela impliquerai si ils se retrouvaient voisins aujourd’hui). Par exemple:


  • Les Etats-Unis et la Mauritanie

  • L’Inde et l’Antarctique (qui n’est pas un pays mais un continent)

  • Le Tibet serait par contre, je pense, plutôt content de se retrouver très très loin de son encombrant voisin chinois.

On voit également que les plages de Rhône Alpes, qui proposaient certainement de très beaux couchers de soleil sur l’océan Thétys en formation, étaient assez étendues. Elles devaient également être vierges de touristes puisque les humains n’existaient bien sûr pas encore (loin de là d’ailleurs puisqu’Homo rudolfensis n’apparait qu’il y a 2,9 millions d’années et Homo habilis il y a 2,4 millions d’années). Nos ancêtres locaux étant les thérapsides (ou reptiles mammaliens) qui rassemblent la souche ayant donné les mammifères.


La France n’existait pas non plus mais je ne peux m’empêcher de penser que cette situation aurait été bien pratique pour le stéphanois que je suis… Cette partie de Thétys disparaitra ensuite avec la formation de l’océan Alpin puis la formation montagneuse bien connue, créée grâce à la rencontre de la plaque européenne et des plaques adriatique et africaine.


Un Gif animé de la dislocation de la Pangée:


Pangée animation



La Pangée

Article publié sur le blog du site web de Pacha cartographie

dimanche 23 février 2014

Les tatouages de cartes

Ou la feuille de pompe ultime pour les intéros de géographie (bien sur cela marche beaucoup moins bien pour les tatouages du dos…).


Les tatouages dans l’histoire


Le tatouage est une pratique qui existe depuis très longtemps puisque l’homme des glaces “ötzi” découvert dans les Alpes italo-autrichiennes et qui vécut il y a 3500 ans en arbore sur les lombaires et les jambes. De nombreuses momies retrouvées en différents endroits du globe portent également des marques de tatouages vieux de plusieurs millénaires (on en retrouve en Égypte, au Soudan, dans le Xinjiang, dans l’Altaï,…).


Des anciens Bretons qui lutèrent contre les romains aux peuples polynésiens, les tatouages étaient des signes distinctifs culturels qui marquaient une appartenance à un peuple, un clan et ces marques distinctives ont perduré jusqu’à notre époque par la longue tradition des marins qui restaient identifiables ainsi. Ces tatouages avaient d’ailleurs parfois une portée utilitaire: en effet, en se faisant tatouer de larges crucifix dans le dos, ces derniers se prémunissaient de la flagellation puisque la dégradation d’une image pieuse était interdite…


L’entrée dans la culture populaire


Ces tatouages sont restés l’apanage des marins (90% des marins anglais étaient tatoués à la fin du 19ème siècle), des criminels et autres marginaux pendant de longs siècles jusqu’à une évolution des cultures qui les a rendus acceptables en société, voir “tendance”. Aujourd’hui, on les trouve partout, notamment sur la très grande majorité des sportifs et de stars qui participent ainsi à leur démocratisation.


Même s’il existe différentes “familles” et quelques thèmes dominants: tatouages traditionnels (ancres, cranes, roses, cœurs, hirondelles), symboles tribaux (celtiques, native américans, Maori,…), citations calligraphiées, tatouages colorés “new school, on les retrouve sur des personnes de toutes les parties du globe et sans distinctions d’appartenance sociale. Il devient même difficile en certains endroits de trouver quelqu’un avec une peau encore “vierge” (en 1936, 6% des américains étaient tatoués, ils sont aujourd’hui 20% et même 40% pour la tranche d’âge 26-40 ans) et la caste des “non tatoués” sera peut-être bientôt minoritaire.


Ci-dessous un tatouage tribal représentant la nouvelle Zélande (double symbolique donc).


Tatouage New zelande tribal


 


 


Les tatouages “cartographiques”


On peut distinguer aujourd’hui l’émergence de certaines “sous-cultures” dans cette tendance et la famille des tatouages cartographiques en fait partie; tout en étant relativement peu nombreux ils montrent une certaine unité (qui est peut-être involontaire). Le tatouage le plus populaire est sans conteste la carte du monde, ce qui peut paraître rassurant dans un monde parfois pointé du doigt pour son nationalisme et son chauvinisme…


Une majeure partie de ces tatouages du monde sont réalisés dans le dos, et fonds passer les tatoués pour des géants Atlas contemporains, qui portent le monde d’aujourd’hui sur leurs épaules.


Ci-dessous quelques images de tatouages du monde réalisés dans le dos:


Tatouage carte du monde


Un tatouage particulièrement réussi (oui je suis objectif), même si j’ai quand même un doute sur sa véracité (peut-être un petit coup de photoshop ici…).


 


Tatouage carte monde dans le dos


Un autre exemple de monde sur les épaule, avec un graphisme particulièrement soigné.


 


Tatouage monde 1


Une version originale avec une représentation cartographique de style ancien.  


 


Tatouage monde 2


Une énième carte mais centrée différemment.


 


D’autres emplacements de tatouages sont également symboliques: avoir le monde à ses pieds, ou le monde au creux des mains:


Tatouages monde a ses pieds


Le monde à ses pieds


 


Tatouage le monde au creux des mains


Le monde au creux de la main


 


La projection de Mercator semble, elle, par contre, être passée de mode… Comment reconnaître une projection de Mercator?  C’est assez simple: il suffit de comparer l’Afrique et le Groenland, s’ils sont de la même taille alors la carte est dans cette projection (en réalité l’Afrique est 14 fois plus vaste que le Groenland!).


On peut également rencontrer des tatouages de cartes plus locales qui montrent son appartenance à sa ville natale et qui scande combien notre lieu de naissance nous est cher, qu’on l’a dans la peau….


Tatouage Hanovre


Carte de Hanovre


 


Tatouage Portland


Carte de Chicago.


 


On peut aussi croiser des tatouages plus originaux, comme les coordonnées géographiques inscrites sur le bras d’Angelina Jolie (une pour chaque lieu de naissance de ses enfants).Tatouage Angelina jolie


 




Ou encore ces deux encres sur deux mains droites imitant la forme de l’Alaska et situées à l’emplacement d’Anchorage. 


Tatouages ancres anchorage


 


Un autre beau spécimen: un tatouage de coupe géologique:


Tatouage coupe géologique


 


Ci-dessous un tatouage cartographique plus pratique qu’esthétique (selon moi bien sur): un plan du métro de Chicago:


Tatouage plan métro Chicago



Voilà il ne vous reste plus qu’à choisir le votre…

Article en partie inspiré de l’article de Franck David sur Big Think: http://bigthink.com/users/frankjacobs



Les tatouages de cartes

Article publié sur le blog du site web de Pacha cartographie

dimanche 9 février 2014

L'Afrique sans la colonisation

A quoi ressemblerait l’Afrique si elle n’avait pas été colonisée?


Nikolaj Cyon, un artiste suédois de 28 ans, s’est intéressé à cette question et nous propose cette carte originale du continent africain où il occulte volontairement la période de colonisation et ses traçages de frontières arbitraires. Il s’est pour cela fondé sur les “unités politiques et tribales” de 1844, soit à la veille du partage de l’Afrique entre les puissances européennes.


Cette carte de l’ALKEBU-LAN (le plus ancien et le seul terme d’origine indigène pour désigner l’Afrique, qui était utilisé par les Maures, les Nubiens, les Numides, les Carthaginois, et les Éthiopiens) n’est pas l’œuvre d’un historien confirmé (même si plus de six mois lui ont été nécessaires pour ses recherches) mais d’un artiste “révolutionnaire et rêveur” (comme il se définit lui-même). Ce projet est néanmoins intéressant à plus d’un titre et nous donne à réfléchir sur les aspects complexes des civilisations, de l’impérialisme et du racisme.


Cette représentation à pour but de nous faire méditer sur les conséquences de l’histoire et ses implications sur notre perception actuelle du monde. C’est dans cet esprit que le sud du continent est placé en haut de la carte, pour casser notre vision traditionnelle de la cartographie européenne. La projection azimutale équivalente de Lambert est également utilisée à la place de la projection de Mercator standard pour respecter les proportions réelles et le rapport de taille entre l’Afrique et l’Europe.


Les frontières que l’on connaît sont donc remplacées par celles des royaumes africains historiques, limites naturelles et linguistiques. Les noms des pays et villes sont les appellations indigènes, ou, le cas échéant leur retranscription en Swahili, qui a été la langue dominante en Afrique australe.


L’artiste situe cette carte dans un univers alternatif, en 1844 AD (1260 dans le calendrier islamique). Le point de divergence est la peste noire du 14ème siècle qui aurait tué les quatre cinquièmes de la population de l’Europe au lieu des 1/3 estimés dans notre réalité. La population de l’Europe serait alors anéantie, et le monde dominé par la Chine et les musulmans. Les Arabes auraient conquis le Mexique, ce qui leur a fourni de l’or et les méthodes de culture du maïs alors que la production de tissu de raphia dans l’Empire du Congo aurait explosé et conduit à l’industrialisation de cette région. Les bateaux à vapeur auraient également accru le commerce sur le fleuve Niger et enrichi le Bénin, le Dahomey, etc. Ce présent alternatif était une réalité possible si l’histoire avaient été quelque eu différente.


Les crimes du colonialisme et les horreurs de l’esclavage sont assez bien connus, mais cette carte nous aide à prendre conscience de ce qui existait avant: les grandes civilisations africaines quelques peu oubliées par l’enseignement actuel.


La carte entière:


Carte de l'Afrique sans la colonisation


 


Le site web de Nikolaj Cyon est ici.



L'Afrique sans la colonisation

Article publié sur le blog du site web de Pacha cartographie