dimanche 4 mai 2014

el nino, le retour de l'enfant terrible du climat

Cela faisait quelques années qu’on ne l’avait plus vu mais il est de retour en 2014, et en pleine forme, je veux parler de l’enfant terrible du climat: el nino.  Bon il n’avait pas totalement disparu puisque c’est un phénomène cyclique (d’une périodicité de 6 à 10 ans) mais il devrait, cette année, être particulièrement virulent!


Tout d’abord un petit rappel: el nino (littéralement courant de l’”Enfant Jésus”, car il apparaît peu après Noël), désigne à l’origine un courant côtier chaud au large du Pérou mettant fin à la saison de pêche. Il désigne maintenant, par extension, un phénomène climatique particulier qui se caractérise par des températures anormalement élevées de la surface de l’eau (environ 10 mètres) dans la partie Est de l’océan Pacifique Sud (bien visible sur la carte ci-dessus).


Techniquement, el nino est la conséquence régionale d’une perturbation dans la circulation atmosphérique entre les pôles et l’équateur. Son apparition déplace les zones de précipitations vers l’Est de l’Océan Pacifique et empêche la remontée d’eaux froides le long de la côte de l’Amérique du Sud, ce qui coupe la source de nutriments pour la faune de ces eaux et nuit considérablement à l’industrie de la pêche. Sans que l’on soit encore capable d’expliquer toutes les relations physiques, el nino a le pouvoir de dérouter les cyclones tropicaux de leurs routes habituelles, de déplacer les zones de précipitations et de sécheresse ainsi que de modifier localement le niveau de la mer par le changement de la pression moyenne. Il n’est donc pas à prendre à la légère…


Le point positif par rapport à el nino c’est qu’il est prévisible, plusieurs mois à l’avance. Le point négatif c’est que cette année les météorologues sont de plus en plus convaincus qu’il sera particulièrement fort, car, à plusieurs mètres sous la surface de l’Océan Pacifique, on observe des masses d’eau exceptionnellement chaudes:


El Nino - Masse d'eau chaude


La zone rouge représente une énorme masse d’eau chaude (de la taille des Etats-Unis) qui se trouve aujourd’hui à une centaine de mètres sous la surface. Les alizés (actuellement inversés, une autre facétie d’el nino) poussent cette nappe vers l’Est et vers les zones d’upwelling, où les eaux remontent à la surface. Et c’est dans ce cas de figure précis, lorsque ces eaux entrent en contact avec l’atmosphère que les dérèglements climatiques interviennent…


Le dernier grand épisode el nino est celui de l’hiver 1997-98, responsable du pic de chaleur planétaire qui reste le point d’orgue du réchauffement climatique contemporain. A contrario, ces dernières années étaient plutôt sous la coupe de “la niña”, petite sœur “miroir” d’el nino, ce qui explique en partie le ralentissement du réchauffement climatique et le retour à des hivers froids classiques dans l’hémisphère Nord.


Actuellement, l’eau est d’une température égale à celle de ce pic de 1997-98 qui avait engendré environ 35 milliards de dollars de dégâts et la mort de 23 000 personnes (source: Université de Nouvelle-Galles du Sud).


Si el nino nous rend visite (ce qui n’est pas encore tout à fait certain) on peut s’attendre à des conséquences importantes sur les sociétés du pourtour de l’Océan Pacifique: la sécheresse actuelle en Indonésie serait amplifiée, ainsi que les violents incendies qui ravagent l’Australie. Par contre, la Californie qui est actuellement sujette à de fortes sécheresses pourrait voir ses prières exaucées avec l’arrivée de précipitions importantes. Le tout étant qu’elles ne le soient pas trop et n’aboutissent pas aux importantes inondations concomitantes d’el nino lors des hivers 1982-83 et 1997-98…


Un article un petit peu catastrophiste cette semaine, mais on se rassure facilement en gardant en mémoire la grande exactitude de la science météorologique…



el nino, le retour de l'enfant terrible du climat

Article publié sur le blog du site web de Pacha cartographie

dimanche 27 avril 2014

Une carte en temps réel de la natalité et de la mortalité mondiale

Cette carte interactive (version animée ici) publiée par le site The Atlantic, et qui date déjà de quelques mois, nous montre les variations de population sur notre bonne vieille terre.Elle présente une alternance rapide de points verts et de points rouges qui annoncent, respectivement, les naissances et les décès dans chaque pays. Outre le rendu sympa du clignotement des points, on est vite impressionné par la rapidité d’apparition de ces points et par le fait que derrière chacun d’eux se trouve une vie qui s’éteint ou qui s’éveille (comme les volcans). La prédominance des points verts est d’ailleurs flagrante après un petit moment d’observation: chaque jour la population mondiale augmente de 232 000 individus, alors que 170 000 personnes meurent. A ce rythme, la planète devrait compter 10 milliards d’être humains en 2050.


La visualisation couvre 230 pays avec pour chacun les statistiques sur les naissances et morts extraites du World Factbook de la CIA (pour ceux qui se posaient la question, ce ne sont donc pas des données réelles et en direct mais la représentation de statistiques).


C’est après avoir créé une simulation pour le nombre de morts et de naissance aux Etats-Unis que  Brad Lyon, mathématicien, développeur et donc cartographe, a voulu étendre le concept à l’international:


” Ce qui m’a intéressé au départ était simplement la curiosité sur ce à quoi pourraient ressembler les modèles de naissances et de morts, basés sur les statistiques actuelles, avec l’envie d’en apprendre davantage sur les nouvelles technologies Web. “


Si vous êtes intéressés par la technique et par ses autres projets, vous pouvez aller faire un tour sur le blog de Brad Lyon.


La véritable carte animée en temps réel se trouve ici.



Une carte en temps réel de la natalité et de la mortalité mondiale

Article publié sur le blog du site web de Pacha cartographie

dimanche 13 avril 2014

Une carte mondiale des particules atmosphériques

On parle beaucoup,  ces temps-ci, de pollutions aux particules où les seuils d’alerte sont régulièrement dépassés dans les principales agglomérations françaises. Les 3 principaux responsables sont l’industrie manufacturière, l’agriculture/sylviculture et le résidentiel/tertiaire (non le transport routier n’est même pas sur le podium).


Ces particules “volantes” ne sont pourtant pas toutes polluantes et émises par les activités humaines. On oublie donc ici les pots d’échappements pour des émetteurs plus naturels et historiques qui génèrent de gigantesques flux atmosphériques d’aérosols (ensemble de particules, solides ou liquides en suspension dans un milieu gazeux).


Cette très belle carte de la  NASA nous montre donc:


En rouge: la poussière.  La « poussière africaine » en provenance du Sahara est une source importante de particules dans l’air. Les conditions climatiques chaudes et sèches y créent des turbulences pouvant projeter la poussière à des altitudes allant jusqu’à 4 à 5 km. Ces particules peuvent y stagner pendant des semaines ou des mois et sont régulièrement entrainées par les vents jusqu’en Europe (c’est à ce moment que l’on retrouve nos voitures recouvertes d’une fine poussière rouge).


En bleu: les embruns, le sel marin propulsé dans l’air par les vents forts. Il est bien visible sur la carte, tourbillonnant à l’intérieur des cyclones. Ces embruns représentent, dans certaines zones, jusqu’à 80% des particules atmosphériques.


En vert: les feux de forêts, bien visibles en Amazonie et Afrique centrale. Ceux-ci sont une source très importante de particules. Rien qu’en Europe (qui ne se distingue pas vraiment sur cette carte) les feux de forêt et de prairie détruisent annuellement près de 600 000 hectares (soit grosso modo 2,5 fois la superficie du Luxembourg). Ces feux sont pour leur grande majorité (9 sur 10) d’origine humaine: ils ont pour causes les mégots de cigarettes, les feux de camps, le brûlage de résidus de culture ou tout simplement un acte criminel…


En blanc: les particules de sulfate provenant des volcans et des émissions de combustibles fossiles (c’est pourquoi on les retrouve au dessus des grandes zones industrialisées). En effet, ces combustions émettent du dioxyde de soufre (en plus du dioxyde de carbone) qui se combine ensuite avec la vapeur d’eau pour générer les aérosols de sulfates qui sont ensuite éliminés par le biais des pluies acides. La particularité de ces aérosols de sulfates est que, paradoxalement, ils luttent partiellement contre le réchauffement climatique en reflétant la lumière du soleil…


Ci-dessous, une animation de cette carte en vidéo, sur plusieurs jours:


Source: NASA 



Une carte mondiale des particules atmosphériques

Article publié sur le blog du site web de Pacha cartographie

dimanche 6 avril 2014

Une carte mondiale des particules atmosphériques

On parle beaucoup,  ces temps-ci, de pollutions aux particules où les seuils d’alerte sont régulièrement dépassés dans les principales agglomérations françaises. Les 3 principaux responsables sont l’industrie manufacturière, l’agriculture/sylviculture et le résidentiel/tertiaire (non le transport routier n’est même pas sur le podium).


Ces particules “volantes” ne sont pourtant pas toutes polluantes et émises par les activités humaines. On oublie donc ici les pots d’échappements pour des émetteurs plus naturels et historiques qui génèrent de gigantesques flux atmosphériques d’aérosols (ensemble de particules, solides ou liquides en suspension dans un milieu gazeux).


Cette très belle carte de la  NASA nous montre donc:


En rouge: la poussière.  La « poussière africaine » en provenance du Sahara est une source importante de particules dans l’air. Les conditions climatiques chaudes et sèches y créent des turbulences pouvant projeter la poussière à des altitudes allant jusqu’à 4 à 5 km. Ces particules peuvent y stagner pendant des semaines ou des mois et sont régulièrement entrainées par les vents jusqu’en Europe (c’est à ce moment que l’on retrouve nos voitures recouvertes d’une fine poussière rouge).


En bleu: les embruns, le sel marin propulsé dans l’air par les vents forts. Il est bien visible sur la carte, tourbillonnant à l’intérieur des cyclones. Ces embruns représentent, dans certaines zones, jusqu’à 80% des particules atmosphériques.


En vert: les feux de forêts, bien visibles en Amazonie et Afrique centrale. Ceux-ci sont une source très importante de particules. Rien qu’en Europe (qui ne se distingue pas vraiment sur cette carte) les feux de forêt et de prairie détruisent annuellement près de 600 000 hectares (soit grosso modo 2,5 fois la superficie du Luxembourg). Ces feux sont pour leur grande majorité (9 sur 10) d’origine humaine: ils ont pour causes les mégots de cigarettes, les feux de camps, le brûlage de résidus de culture ou tout simplement un acte criminel…


En blanc: les particules de sulfate provenant des volcans et des émissions de combustibles fossiles (c’est pourquoi on les retrouve au dessus des grandes zones industrialisées). En effet, ces combustions émettent du dioxyde de soufre (en plus du dioxyde de carbone) qui se combine ensuite avec la vapeur d’eau pour générer les aérosols de sulfates qui sont ensuite éliminés par le biais des pluies acides. La particularité de ces aérosols de sulfates est que, paradoxalement, ils luttent partiellement contre le réchauffement climatique en reflétant la lumière du soleil…


Ci-dessous, une animation de cette carte en vidéo, sur plusieurs jours:


Source: NASA 



Une carte mondiale des particules atmosphériques

Article publié sur le blog du site web de Pacha cartographie

lundi 31 mars 2014

Le continent perdu de Mu

L’article de ce soir rejoint celui de la semaine dernière sur les cartes des paysages imaginaires d’Umberto Eco mais à la différence que celui-ci est tellement utopique qu’il est difficile de trouver une carte convenable… 


Carte de Mu dechurchwood Une carte de Mu selon churchwood


Mu est un continent englouti mythique (puisque disparu) qui trônait fièrement au milieu de l’océan pacifique et qui est parfois confondu avec la Lémurie ou avec Thulé, la mythique patrie des Hyperboréens.


Il était l’hôte d’une civilisation avancée qui auraient répandu sa technologie avancée dans le monde entier en influençant  directement les  sciences chinoises et les cultures américaines indigènes. Ce peuple serait donc notamment à l’origine des nombreuses pyramides disséminées dans le monde (Égypte, Mexique, Chine..), des statues de l’île de Pâques ou encore de la troublante pyramide sous marine de Yonaguni. Cette “terre d’origine” aurait été détruite par des tremblements de terre successifs et des éruptions volcaniques (ou la colère des dieux) et l’Océanie, Hawaï et l’île de Pâques en serait des vestiges…


La première mention de Mu est à mettre au crédit du missionnaire français Charles Étienne Brasseur de Bourbourg (1814-1874) qui affirme avoir réussi à traduire le Codex Tro-Cortesianus (écrits Maya) en 1869 où est fait mention d’un ancien continent nommé Mu (traduction qui est aujourd’hui reconnue comme purement fantaisiste).


Codex Trocortesianus Le codex Trocortesianus


Les croyances contemporaines autour de Mu ont également été largement popularisées dans la première moitié du 20ème siècle par James Churchward dans ses livres « Les enfants de Mu ” (1931), « Le continent perdu de Mu ” (1933) et « Les symboles sacrés de Mu ‘ (1935).  Ce dernier y affirme que des tablettes dénichées en Indes et au Mexique, puis traduites par un vieux prêtre, dernier représentant de la secte Naacale, héritière des connaissances muennes. Ces tablettes lui auraient fourni la preuve que Mu est la source de toute civilisation (avant même l’Atlantide)!


Tablettes Naacales Les tablettes Naacales


A quoi ressemblait Mu? Selon Churchward, Mu était un Jardin d’Eden peuplé de 64 millions de Naacals. Cette civilisation aurait atteint son apogée en 50.000 AVJC avec une technologie plus sophistiquée que la nôtre et des colonies sur les restes desquelles seraient bâties les anciennes civilisations indienne, babylonnienne, égyptienne, perse et maya.


Aujourd’hui l’idée de Mu ne conserve quasiment aucune valeur scientifique sérieuse et se cantonne à la sphère des croyances New Age. Dans les années 1930 cependant, Atatürk promu la recherche sur Mu dans l’espoir d’établir des connexions entre la Turquie et les (autres) cultures anciennes, y compris les cultures amérindiennes que Maya et Aztèque.


Mu reste également un sujet populaire dans la littérature, la bande dessinée, la télévision. Le mythe de Mu apparaît par exemple dans diverses œuvres de H.P. Lovecraft notamment autour de Cthulhu qui “rêve et attends” dans la cité engloutie de R’lyeh (située dans les ruines de Mu?).


Autre référence: le symbole de la plume dans un cercle qui figure sur la pochette du quatrième album de Robert plante est une référence directe à la civilisation de Mu.


 


D’autres infos, plus précises mais aussi un peu moins objectives ici



Le continent perdu de Mu

Article publié sur le blog du site web de Pacha cartographie

mardi 25 mars 2014

Les cartes alimentaires de Henry Hargeaves

Dans sa série “food maps” l’artiste et photographe Henry Hargeaves, ici en collaboration avec la styliste culinaire Caitlin Levin (sympa comme boulot), nous fais voyager de pays en pays et de continents en continents à travers leurs aliments emblématiques.


Ces cartes, assemblées à la main et construites avec de vrais aliments, sont particulièrement esthétiques mais ne représentent généralement qu’une “idée” très globale des habitudes alimentaires du pays (on reconnaît tout de même quelques fromages en France, bien qu’ils ne soient pas disposés en fonction de leur provenance. Mais où est la fourme de Montbrison?).


Le projet présenté par ses auteurs:


Découvrir les saveurs des pays que vous visitez constitue souvent un excellent moyen d’appréhender la complexité culturelle locale. Pour cette série, nous avons choisi des produits emblématiques des pays et continents et nous les avons transformées en cartes.


Nous avons voulu montrer 2 choses : D’abord la façon dont la nourriture a pu voyager jusqu’à devenir emblématique d’un pays qui n’était pas le sien au départ.  Nous savons par exemple que les tomates sont originaires de la Cordillère des Andes en Amérique du Sud mais aujourd’hui, le pays de la tomate, c’est l’Italie. Elle fait partie intégrante de son identité culturelle.


Et puis, nous avons aussi choisi également des produits emblématiques: le pain et le fromage pour la France par exemple, le citron vert pour le Brésil, etc..


Bref, ces cartes sont une représentation ludique de notre interprétation de la nourriture du monde entier, soigneusement créées avec de vrais aliments. Ce projet témoigne de l’universalité  de la nourriture, de la façon dont elle unit les gens. Elle nous rassemble et est toujours un bon sujet de conversation, quel que soit l’endroit où l’on se trouve. Nous espérons que ces cartes constitueront aussi un bon sujet de discussion.


D’autres cartes dans la même veine:


 


Carte alimentaire Nouvelle Zélande La Nouvelle Zélande


Carte alimentaire France La France


Carte alimentaire India L’Inde


 


Carte alimentaire Africa L’Afrique


Carte alimentaire Amérique Latine L’Amérique Latine


Carte alimentaire Australie L’Australie


Carte alimentaire Chine La Chine


Carte alimentaire Grande Bretagne La Grande Bretagne


Carte alimentaire Japan Le Japon


Carte alimentaire USA Les USA


Carte alimentaire Italie L’Italie


 


Ce petit article est certainement en grande partie conditionné par l’heure du repas qui approche (et l’envie de fromage qui va généralement avec).


Si vous voulez découvrir les autres projets de Henry Hargeaves c’est ici ou ceux de Caitlin Levin c’est par .


 



Les cartes alimentaires de Henry Hargeaves

Article publié sur le blog du site web de Pacha cartographie

lundi 17 mars 2014

Les cartes de pays imaginaires - Voyage dans les contrées de l'utopie

«Souvent, l’objet du désir, où le désir se transforme en espoir, devient plus réel que la réalité elle-même.”


Célèbre romancier italien, mais aussi philosophe, essayiste, critique littéraire, Umberto Eco a longtemps été fasciné par le symbolique et le métaphorique, qu’on retrouve par exemple dans ses livres pour enfants (les trois cosmonautes, la bombe du général,…).


Il revisite aujourd’hui ces allégories qui lui sont chères dans “Le Livre des terres légendaires”; un voyage illustré dans les plus grands lieux imaginaires de l’histoire, peuplés d’habitants fantaisistes et coutumes étranges, qui prennent place dans des lieux aussi différents que la mythique Atlantide ou le petit appartement de Sherlock Holmes. On peut également y découvrir le royaume de la Reine de Saba, celui du prêtre Jean, des îles de Gulliver, l’Eldorado et le Pays de Cocagne,…


Avec ce guide de l’imagination humaine, Eco tente de nous éclairer sur les raisons pour lesquelles ces utopies et dystopies (1) raisonnent en nous si puissamment et durablement. Ces visions du monde nous révèlent alors des éléments de notre relation avec la réalité et la manière dont nous cherchons continuellement à donner du sens au monde et y trouver notre place (définitions qui conviennent très bien au concept de la carte, objets de création de sens, de repères, que l’on applique à notre monde, au temps, aux émotions (2)).


Eco écrit dans l’introduction :


“Terres et lieux mythiques sont de différents types et ont seulement une caractéristique en commun: s’ils dépendent de légendes anciennes dont les origines se perdent dans la nuit des temps ou si elles sont l’effet d’une invention moderne, ils ont créé des flux de croyance.


La réalité de ces illusions est le sujet de ce livre”.


Cette belle balade dans la géographie des mythologies s’accompagne d’illustrations aussi remarquables que parfois déconcertantes. Een voici quelques unes:


Carte monde Abbaye de Saint Sever La carte du monde de l’Abbaye de Saint Sever, du “Beatus de Saint Sever” (1086), Paris, Bibliothèque nationale de France.


 


Carte TO Bartholomaeus Angelicus Carte en TO(3) de Bartholomaeus Angelicus, “Le livre des propriétés des choses” (1392).


Tobias Swinden Tobias Swinden, “An Enquiry into the Nature and Place of Hell’ (1714), Londres, Taylor.


Table de Peutinger Partie de la table de Peutinger (12ème siècle) (Tabula Peutingeriana ou Peutingeriana Tabula Itineraria), appelée aussi carte des étapes de Castorius, qui est une copie du 13ème siècle d’une ancienne carte romaine où figurent les routes et les villes principales de l’Empire romain qui constituaient le cursus publicus.


Plan de Palmanova Plan de Palmanova, de Franz Hogenberg et Georg Braun, ‘Civitates orbis terrarum’ (1572–1616), Nuremberg.


Eco considère l’attrait des utopies comme un manifestation de notre besoin de croire:


Souvent l’objet d’un désir, où le désir se transforme en espoir, devient plus réel que la réalité elle-même. Sur un espoir en un avenir possible, de nombreuses personnes sont prêtes à faire des sacrifices énormes, et peut-être même mourir, dirigés par des prophètes, des visionnaires, des prédicateurs charismatiques qui font miroiter à leurs fidèles des visions d’un futur paradis sur Terre (ou encore un peu plus loin…).


Jain Cosmological Map Anonyme, ‘Jain Cosmological Map’ (c. 1890), gouache sur toile, Bibliothèque du Congrès


Carte du monde d'Homère Carte du monde d’Homère, composée et dessinée par M.O. Mac Carthy.


Hartmann Schedel Carte du monde d’Hartmann Schedel, Nuremberg (1493),


l'Ile d'Utopia Carte grave sur bois, représentant l’Ile d’Utopia sur la couverture de la première éditionde l’Utopie de Thomas More (1516).


Il y a cependant une part de ténèbres inévitable aux utopies: la supposition du bonheur parfait peut devenir elle-même une forme lourde de l’oppression. Eco écrit:


“Nous ne voudrions pas toujours vivre dans ces sociétés utopiques car elles ressemblent souvent à des dictatures qui imposent le bonheur de leurs citoyens au prix de leur liberté. Par exemple, l’Utopie de Thomas More prêche la liberté de parole et de pensée ainsi que la tolérance religieuse, mais les limite aux croyants et en exclut les athées, exclus de la vie publique. Les déplacement sans laisser passer délivré par le magistrat suprême peuvent être sévèrement punis et même déboucher (si récidive) à une condamnation à l’esclavage. “En outre, les utopies ont la caractéristique commune d’être quelque peu répétitives, car en visant une société parfaite, on finit toujours par faire une copie du même modèle.”


20 000 lieux sous les mers Illustration pour le roman “20 000 lieux sous les mers” de Jules Verne (1869-1870).


l'Island d'Abraham Ortelius Carte de l’Island d’Abraham Ortelius (16ème siècle).


Cet ouvrage qui traque les rêves, les fantasmes et les cauchemars des hommes, tout en construisant une fascinante anthologie de la perception de ces autres mondes, est magnifique à tout point de vue. Il constitue avec le Codex Seraphinianus, la plus belle encyclopédie des choses imaginaires de l’histoire, et une étude de cas de la cartographie comme signalétique de l’âme.


 


 


(1): également appelée contre-utopie, récit de fiction peignant une société imaginaire organisée de telle façon qu’elle empêche ses membres d’atteindre le bonheur. Une dystopie peut également être considérée comme une utopie qui vire au cauchemar et conduit donc à une contre-utopie.


(2): Ce dernier concept de carte émotionnelle est plus rare mais très intéressant. Je vais essayer de faire un article là-dessus rapidement.


(3): Une carte en T, ou carte en TO (TO pour Terrarum Orbis), était une représentation du monde connue au Moyen Âge. Sur la carte TO, tournée vers l’Orient, les trois continents connus formant l’écoumène, l’Asie, l’Europe et l’Afrique sont placés de part et d’autre de barres verticale et horizontale, formant un T.


Les citations d’Eco sont ici traduites de l’ouvrage anglais et peuvent parfois différer de la traduction française officielle.


De nombreux aspects de l’analyse de texte sont tirés de l’article de Maria Popova sur Brain Picking.


 



Les cartes de pays imaginaires - Voyage dans les contrées de l'utopie

Article publié sur le blog du site web de Pacha cartographie